On aborde souvent le suicide par des statistiques. Derrière ces chiffres, il y a des gens qui souffrent. Ceux en crise et ceux en deuil. Je peux parler pour ceux qui restent, car j'ai été touchée plus d'une fois par le suicide. Ces deuils ont marqué profondément ma personne et mon travail artistique. L’exposition prend sa source dans plusieurs gestes artistiques posés précédemment : expositions et résidences faites au Québec et à l’étranger. Le thème en est douloureux, mais non dénué d’espoir : la détresse des gens qui se suicident et la tristesse provoquée par cet acte chez leurs proches. En osant parler de ce sujet tabou, j’espère contribuer à une évolution des mentalités.
L’exposition prend la forme d’installations réunissant des dessins, des collages, des gravures, des sculptures et des objets, tous faits à la main. Ainsi, une sculpture formée d’une fausse pierre, surmontée d’une corneille et d’un personnage supportant des poids, est une image poétique de résilience. Des livres-mémoire, dont le contenu scellé a été rédigé par des gens affectés par le suicide, présentent leur magnifique reliure. Je montre aussi des collages faits de petites silhouettes d’oursons découpées à la main et collés pour former une nouvelle image : celle d’un arbre, symbole de longévité et de passage entre les générations. Des dessins associant plusieurs références familières – poisson, corneille, ciseaux, fil téléphonique… – condensent des moments prégnants de la vie quotidienne. Une courtepointe de papier imprimé surmonté d’un canot réalisée à Uashat/Sept-Îles, un bas-relief d’un panache de cerf constitué d’oursons de papier roulé, une série de miniatures en bronze déposées sur socles d’acier font aussi partie des différents éléments pouvant compléter l’exposition.
J’ai élaboré un langage visuel où chacun des éléments se répond, formant une trame cohérente et lisible, un vocabulaire pictural lié aux lieux et aux émotions. En transformant le geste de prévention en action artistique, j’ai créé un hybride entre arts visuels et art thérapie qui permet aux visiteurs de créer des liens émotifs avec les œuvres et de susciter la réflexion. Soit une réflexion profonde sur la fragilité de la vie.